UN DÉVELOPPEUR WEB FACE AU MIROIR DE L’EXISTENCE
Je m’appelle Amadou. Je suis développeur web depuis dix ans. Mon bureau ressemble à celui de la plupart de mes collègues : trois écrans, un mug de café froid que j’oublie systématiquement, une fenêtre que j’ai ouverte il y a trois semaines et que je n’ai pas encore pris le temps de regarder vraiment. À ma droite, un terminal qui clignote. À ma gauche, un téléphone qui vibre. Et au fond de ma poitrine, une question qui refuse de se taire depuis quelques mois :
- UN DÉVELOPPEUR WEB FACE AU MIROIR DE L’EXISTENCE
- Suis-je vraiment en train de vivre, ou suis-je simplement en train de traverser ma vie ?
- LE PIÈGE DE LA PRODUCTIVITÉ PERPÉTUELLE
- LA DIFFÉRENCE ENTRE EXISTER ET VIVRE
- LE CODE DE L’AUTOMATISME
- LE RETOUR À SOI — UN REFACTOR EXISTENTIEL
- CE QUE L’AFRIQUE M’A APPRIS SUR LA PRÉSENCE
- MFLEXION — CONSTRUIRE L’OUTIL QU’ON AURAIT VOULU AVOIR
- LA QUESTION QUI LIBÈRE
- J’aime ça
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Suis-je vraiment en train de vivre, ou suis-je simplement en train de traverser ma vie ?
Ce discours, je ne l’adresse pas à un public de recruteurs ni à une salle de conférence. Je vous parle depuis l’intérieur d’un quotidien que beaucoup d’entre vous reconnaîtront. Un quotidien structuré en sprints, en deadlines, en pull requests et en réunions Zoom où l’on sourit sans vraiment être présent. Je vous parle parce que j’ai failli, pendant trop longtemps, confondre l’activité avec la vie.
LE PIÈGE DE LA PRODUCTIVITÉ PERPÉTUELLE
Nous sommes une génération de bâtisseurs. Nous construisons des applications, des plateformes, des APIs qui relient des millions de personnes à travers le continent. En Afrique particulièrement, notre génération porte sur ses épaules le poids d’un avenir numérique entier. On nous dit que nous sommes l’avenir. Alors on travaille. On travaille beaucoup. On travaille comme si s’arrêter était une faiblesse.
Mais voilà ce que personne ne m’a dit au début de ma carrière : la productivité sans conscience, c’est une fuite déguisée en discipline. Pendant des années, j’ai rempli mes journées de tâches pour ne pas avoir à remplir ma vie de sens. Chaque fois qu’une question existentielle pointait le bout de son nez — Pourquoi est-ce que je fais ça ? Est-ce que je suis heureux ? — je ouvrais un nouvel onglet. Je lançais un nouveau projet. Je répondais à un email qui pouvait attendre.
J’étais productif. J’étais efficace. Et j’étais, d’une certaine façon, absent de ma propre existence.
LA DIFFÉRENCE ENTRE EXISTER ET VIVRE
Il existe, dans notre métier, une distinction fondamentale entre un site qui fonctionne et un site qui vit. Un site qui fonctionne charge ses pages, répond aux requêtes, remplit sa mission technique. Un site qui vit, lui, crée une expérience. Il provoque quelque chose. Il laisse une empreinte dans la mémoire de celui qui le visite.
Nous sommes pareils. Un être humain peut fonctionner parfaitement — se lever, travailler, manger, dormir, répéter — sans jamais vraiment vivre. Sans jamais ressentir ce frisson particulier qui indique qu’on est là, entier, présent dans l’instant.
Le matin où j’ai compris cette différence, ce n’était pas lors d’une grande crise. C’était un mardi banal. Je déjeunais seul devant mon écran quand un ami m’a envoyé une photo depuis Lagos : il était sur une plage, les pieds dans l’eau, le visage tourné vers le coucher du soleil. Il n’avait pas de connexion parfaite. Il n’avait pas résolu son bug du matin. Mais il était là, entièrement. Et moi, j’étais quelque part entre deux tickets Jira, nulle part vraiment.
Vivre, c’est habiter ses propres instants. Pas juste les traverser en attendant le suivant.
LE CODE DE L’AUTOMATISME
Nous, les développeurs, nous comprenons mieux que quiconque ce qu’est un processus automatisé. Un script qui tourne en arrière-plan, sans intervention humaine, accomplissant ses tâches de façon répétitive et prévisible. C’est utile pour une machine. C’est une catastrophe pour un être vivant.
Pourtant, c’est exactement ce à quoi nous nous réduisons quand nous oublions de questionner notre existence. Nous devenons nos propres cron jobs : réveille-toi, café, Slack, code, réunion, code, dîner, Netflix, dors. Demain, même séquence. La vie devient un algorithme sans intention.
J’ai passé plusieurs mois à observer mon propre comportement comme si j’analysais les logs d’un serveur. Et ce que j’ai trouvé m’a surpris : la plupart de mes journées se ressemblaient à 80%. Les mêmes trajets, les mêmes musiques, les mêmes conversations superficielles. Je n’explorais plus. Je n’expérimentais plus. J’optimisais une routine sans jamais demander si cette routine méritait d’être optimisée.
La vraie question n’était pas comment puis-je être plus efficace ? mais efficace pour quoi, exactement ?
LE RETOUR À SOI — UN REFACTOR EXISTENTIEL
Tout bon développeur sait que le code hérité finit par devenir un fardeau. À un moment donné, il faut accepter de faire ce que nous appelons un refactor : revoir l’architecture, éliminer la dette technique, reconstruire sur des bases plus solides. Ça fait peur. Ça prend du temps. Mais sans cela, le système s’effondre de lui-même.
Ce que j’ai dû faire avec ma vie ressemblait exactement à ça. Un refactor existentiel. M’asseoir, fermer les IDEs, et poser les questions que je fuyais depuis des années. Qu’est-ce qui me rend réellement vivant ? Qu’est-ce que je ferais si la peur de décevoir n’existait pas ? Où est-ce que je me sens moi-même, sans performance, sans masque ?
Ce travail ne se fait pas en un week-end. Il ne se fait pas non plus en lisant des articles de développement personnel à 2h du matin entre deux sprints. Il demande du silence. Il demande de la régularité. Il demande la volonté inconfortable de se regarder sans se flatCode.
Pour moi, ça a commencé par quelque chose de simple : éteindre mon ordinateur à 18h, trois fois par semaine. Juste ça. Pas de méditation parfaite, pas de journal intime élaboré. Juste l’acte de dire : maintenant, je suis un être humain, pas un outil de production.
CE QUE L’AFRIQUE M’A APPRIS SUR LA PRÉSENCE
Je suis né sur ce continent. Et je porte en moi quelque chose que les cultures occidentales, malgré toute leur efficience, ont souvent perdu : le sens de la communauté présente. Chez nous, on ne mange pas seul en regardant son téléphone. On se réunit. On s’écoute. On rit. On pleure ensemble quand c’est nécessaire. On existe les uns avec les autres, pas seulement les uns à côté des autres.
Pendant mes années à construire ma carrière digitale, j’avais progressivement abandonné cette sagesse. Je communiquais par messages. Je célébrais mes succès seul, devant un écran. Je devenais ce que le système numérique encourage : un individu connecté mais isolé, occupé mais vide.
Revenir à ces racines — non pas pour rejeter la modernité, mais pour l’enrichir — a changé quelque chose de fondamental en moi. Quand j’ai recommencé à avoir des dîners longs avec les gens que j’aime, à marcher sans écouteurs dans les rues de ma ville, à m’asseoir parfois sans rien faire d’autre que sentir l’air autour de moi, j’ai compris que ce n’était pas du temps perdu. C’était exactement ça, vivre.
MFLEXION — CONSTRUIRE L’OUTIL QU’ON AURAIT VOULU AVOIR
C’est de là qu’est né ce projet. Mflexion n’est pas simplement une plateforme de contenu. C’est la réponse concrète à une question que je me suis posée pendant des années sans trouver de ressource adaptée à mon contexte, à ma culture, à ma réalité de créateur africain naviguant entre deux mondes.
La plupart des contenus sur le bien-être, la pleine conscience, le sens de l’existence sont écrits depuis des appartements parisiens ou des suburbs américains. Ils parlent un langage que je comprends intellectuellement, mais qui ne résonne pas dans mes os. Mflexion parle notre langue — pas seulement le français, mais le langage de notre vécu, de nos familles, de nos ambitions propres à ce continent en mouvement.
Chaque article que nous publions, chaque réflexion que nous partageons, est un fragment de cette quête collective : comment être pleinement vivant tout en construisant quelque chose qui dure ? Comment ne pas sacrifier son âme sur l’autel de la performance ? Comment bâtir des empires numériques sans se perdre soi-même dans le processus ?
LA QUESTION QUI LIBÈRE
Alors je reviens à la question de départ. Suis-je vraiment en train de vivre, ou suis-je simplement en train de traverser ma vie ?
Aujourd’hui, je peux vous dire que cette question, loin d’être paralysante, est la plus libératrice que j’aie jamais posée. Parce qu’elle ne juge pas. Elle ne condamne pas. Elle invite. Elle dit : regarde honnêtement. Qu’est-ce que tu vois ? Et qu’est-ce que tu veux voir à la place ?
Se la poser régulièrement est devenu, pour moi, une pratique aussi essentielle que le code review ou la veille technologique. C’est une forme d’hygiène existentielle. Une façon de s’assurer que la vie qu’on construit mérite vraiment d’être vécue.
Nous avons chacun des outils extraordinaires entre les mains. Des cerveaux capables de résoudre des problèmes complexes, des compétences rares, une connexion à un continent qui s’éveille à sa propre puissance. La seule question est de savoir si nous allons utiliser tout cela en étant là, ou si nous allons le laisser tourner en arrière-plan pendant que notre vraie vie attend, dans un onglet qu’on n’a jamais pris le temps d’ouvrir.
Ouvrez cet onglet. Pas demain. Maintenant. Il n’y a pas de meilleur moment pour commencer à vivre que l’instant présent où vous lisez ces mots.
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